Je m’appelai Ingrid 13 ans, nous étions une nuit en septembre 1821 quelque part en Allemagne.

Je me sentais bizarre, comme gonflée, comme si j’avais de l’eau dans mon corps, et je ressentais une très légère douleur latente au niveau du diaphragme, sans cause apparente, avant de me réveiller. J’avais par ailleurs la sensation humide et piquante d’avoir une substance désagréable et visqueuse entre les cuisses. En soulevant l’édredon, j’ai constaté que ma chemise de nuit était trempée de sang. Pendant quelques secondes, un vent de panique s’était emparé de moi, avant d’être remplacé par une chaleur soudaine, si soudaine que les petites bosses gonflées qui étaient apparues sur ma poitrine m’avaient démangée.

Je me suis laissée lourdement retomber dans le lit et j’ai goûté un moment à mon nouveau statut, avant de me lever silencieusement, pour ne pas réveiller ma sœur qui dormait à l’autre bout de la chambre, et d’aller chercher une serviette dans le couloir…

Puis je suis descendue à la cuisine. Je me suis lavée à l’évier et je suis remontée me glisser dans la chambre de ma mère. Je lui ai tapoté doucement l’épaule avant de lui demander ce qu’elle était censée faire à présent.

Ma mère a levé des yeux fatigués, qui tenaient difficilement ouverts. Elle a regardé la chemise de nuit et compris instantanément. Elle s’est levée, a quitté la chambre avec moi à sa suite.

Puis elle a sorti d’un tiroir de la commode dans le couloir, les remèdes nécessaires : une sorte de bandage fait de morceaux d’étoffe de lin roulés sur eux-mêmes, qu’elle attacha bien solidement sur mon bas-ventre grâce à une ceinture large.

Dans les heures qui ont suivi, j’ai ressenti une sorte de douleur et de fierté dans tout mon être – fierté parce que j’étais en passe de devenir adulte, et douleur dans la sensation que l’enfance était définitivement terminée : c’étaient à présent des responsabilités et des devoirs qui m’attendaient….