Ce qui avait tout d’abord été un contact familier prudent, avait évolué en une amitié proche, pour finalement se changer en quelque chose d’autre, de spécial, qu’elle n’était pas en mesure de nommer avec précision. « Ce doit être le grand amour » disait une chanson populaire – mais le grand amour, qu’est-ce que ça pouvait bien être, sinon un château en Espagne, une illusion pour rêveurs et romantiques. C’était aussi convaincant que de croire à un Dieu qui aimait le monde au point de donner son fils pour lui, et de l’y laisser crucifier… Quand Aurélie avait décidé de coucher avec Gilles le manchot, c’était parce qu’elle avait ressenti à son égard une tendresse qu’elle ne pouvait pas manifester autrement qu’en se donnant à lui, complètement, pleinement.

Au tout début, deux semaines plus tôt, il n’avait d’abord pas voulu retirer sa chemise. Elle avait alors perdu toute timidité, s’était jetée sur lui et s’était dressée à genoux sur le lit, en étirant son long buste vers le plafond et en écartant les bras :

« Je ne me suis pas mise nue pour toi ?

- Mais il ne s’agit pas d’être nu, Aurélie ! Il y a quelque chose qui… qui manque.

- Ce n’est quand même pas avec le bras qui te manque que tu as prévu de me faire l’amour, si ? »