Comme la veille, à la même heure, le regard posé sur le sable rose, en quête de minuscules coquillages irisés, avec en bruit de fond le mouvement régulier des vagues turquoises, Raphaëlle se dit qu'elle avait bien fait de venir ici. Elle savoura la douce caresse du vent chaud sur sa peau et se sentit envahir par un bonheur infini. Elle n'avait pas pris de congé depuis six mois et il était bien temps qu'elle change de paysage. La routine lui était devenue insupportable. Elle allait bientôt craquer.

D'habitude quand elle était comme ça il lui suffisait de se ressourcer dans sa région natale, de respirer l'air vivifiant de la nature et instantanément elle se sentait revivre. En quelques jours seulement elle rechargeait ses batteries et elle pouvait revenir affronter sans soucis son tracas quotidien.

Cette fois ci, et pour la première fois, elle avait besoin d'aller vers l'inconnu. Il fallait qu'elle soit agréablement surprise, qu'elle s'émerveille sans arrêt .Elle devait tout oublier pour ensuite le redécouvrir sous un autre jour et peut être, du moins elle l'espérait, pouvoir le supporter encore jusqu'aux prochaines vacances.  Celle qui avait préparé ce voyage aux Bermudes la connaissait bien et savait qu'à cet endroit paradisiaque, elle trouverait son bonheur. A ce moment ci de la matinée la plage était déserte ou presque. A droite, là où elle s'étale à perte de vue, elle distingua la silhouette d'un homme et de son chien. A gauche, du coté du petit port de pêche , elle ne vit que des petites barques multicolores abandonnées pour l'instant.

Le temps semblait s'être arrêté ou du moins ralenti. Chaque moment méritait d'être gravé dans sa mémoire avec pourtant  un sentiment effroyable d'insécurité dû à ce qui s'était passé la veille, le 11 septembre 2001. Impossible d'oublier ces images effroyables à peine croyables comme sorties d'un film d'épouvante et pourtant si vraies, intactes dans son esprit.

En face d'elle et droit devant, là bas où la mer s'évanouit à l'horizon , à des milliers de kilomètres, l'horreur venait d'avoir eu lieu. Il n'y avait pas une seule trace d'avion zébrant le ciel bleu alors qu'il aurait dû s'assombrir ce jour là et les suivants par respect pour toutes ces vies brisées en un instant.

C'est à ce moment là qu'elle sentit comme un léger frôlement humide sur les doigts de sa main gauche. Ses yeux se posèrent alors sur la tête d'un labrador noir  qui la regardait. Il était superbe avec ses petits yeux marrons si touchants. Il lui fit penser au sien disparu pour toujours il y avait tout juste 2 mois, de la même taille, même corpulence mais de couleur différente et qu'elle hésitait à remplacer avec l'envie pourtant. Incroyable qu'elle ne l'ait pas entendu arriver. Elle regarda mieux de chaque coté. Toujours personne.