L'INSTANT D'APRES -

 

 

 

 

En quelques heures, plus rien n'existait. Tout, même à l'intérieur de lui. La ville ressemblait à un champ de ruines, comme après Hiroshima.  Un château de planches. Des corps partout, des gens, des animaux, une odeur pestilentielle. Et le silence, infernal.

 

- Où est la maison, je suis perdu, perdu.

 

Il ne reconnaissait plus rien, il n'avait plus de repères. Il regardait sans voir. Il ne voyait plus rien.

 

Sa tête semblait vide aussi, ses pensées étaient bloquées. La peur, l'inquiétude. Seul au monde. Tout seul.

 

Pourquoi il n'y a plus personne ? Où sont sa famille, ses parents, ses soeurs, ses amis ? Comment faire pour les retrouver ? Il ne savait même pas s'il pourrait parler, si les mots pourraient sortir de sa bouche. Lui qui aimait tellement rire, faire enrager les autres avec son sourire coquin. Son visage était impassible, son regard perdu dans un au-delà, une autre dimension. Tristesse, rage, colère ? C'était une sensation indéfinissable, impalpable, incompréhensible pour les autres qui n'avaient pas vécu cela.

 

Il était là, assis sur un gros bidon, depuis un certain temps, il ne savait pas. La vision des maisons détruites, le silence assourdissant, c'en était trop pour lui, pour ses quatorze ans. Et cette boule au ventre, comme un poids qui lui faisait si mal. Des larmes coulaient sur ses joues, mais il ne réalisait pas.

Que s'est-il passé exactement ? Un typhon, un tsunami, la fin du monde ? Pourquoi cette odeur bizarre ici ? Où manger, où dormir quand on n'a plus de maison ?